Témoignages - Les organisations interprofessionnelles


"Une conjoncture fragilisée, des perspectives incertaines"  

Medef Isère :

Emmanuel Bréziat, délégué général du Medef Isère

Bilan 2018 : Depuis début septembre, nous observons un certain ralentissement de l’activité qui devrait nous conduire à un taux de croissance d’environ 1,5 % en 2018. Nous avons certainement connu le haut du cycle économique en 2017. Les prévisions de croissance à 1,3 % pour 2019 paraissaient pessimistes il y a quelques mois mais risquent de devenir un objectif plus que réaliste.
 

Les perturbations liées au mouvement des gilets jaunes ont probablement été moins importantes en Isère que dans bien d’autres départements mais les commerces ont souffert, en particulier les centres commerciaux, dans un moment crucial de l’année. Inévitablement ce sont des emplois en moins, des entreprises fragilisées, voire en réelle difficulté. L'hôtellerie, la restauration et les transports ont également été impactés. Dans notre département, les autres secteurs d'activité connaissent des niveaux d'activité satisfaisants (immobilier, industrie, bâtiment) ou très satisfaisants (micro-électronique, industries du numérique, médical) mais globalement (hors secteurs high tech, numérique, micro) les perspectives sont plutôt orientées à la baisse.

Pour la région grenobloise, ne boudons pas les bonnes nouvelles !
Le lancement des travaux du Rondeau et de l'A480 prévu début 2019 est l'aboutissement d'un combat de plusieurs années. Les bouchons "grenoblois" sont l'ennemi de l'environnement, de la qualité de vie de nos collaborateurs et de l'ac!vité économique. Avant de venir à bout de ce repoussoir, il faudra plusieurs années de travaux qui, bien entendu, seront pénibles à vivre. Mais prenons la mesure des enjeux : cet aménagement va simplement redonner un avenir à notre agglomération !

Par ailleurs, la concrétisation de la démarche de marketing territorial, lancée par Grenoble-Alpes Métropole, va clairement dans le bon sens. Les forces vives et l'ensemble des citoyens doivent s'approprier cette "marque" qui sera déployée au printemps. Nous avons un problème d'image, de fierté et d'identité. Communiquons aussi sur nos atouts, trop souvent minorés. Ne pouvant les citer tous, je me contenterai d'un sentiment. Je reste toujours bluffé par l'effervescence entrepreneuriale de notre territoire. Nous avons un concentré d'énergies, de cerveaux et de talents, assez fabuleux. Ces start-up si nombreuses et créatives doivent grandir et grandir ici. C'est sûrement l'un des enjeux majeurs pour les prochaines années. Il appartient aux acteurs concernés de leur fournir les appuis, le foncier et les infrastructures adaptées.

Ne nions pas non plus nos faiblesses. La sécurité n'est plus seulement une question d'ordre public, c'est devenu un sujet économique. Pouvoir attirer des talents est un enjeu crucial. Cela appartient à chaque dirigeant dans sa politique RH, dans son image etc. Cela appartient aussi aux
responsables de notre territoire. Si nos élus veulent vraiment renforcer son attractivité, ils doivent s'y attaquer, sans naïveté ni idéologie, mais avec pragmatisme, détermination et persévérance.

Plus globalement, les difficultés de recrutement restent la préoccupation majeure des chefs d'entreprise, quels que soient le secteur et le niveau de qualification. Nous espérons que la réforme de l'assurance chômage apportera des éléments de réponse de court et moyen termes (formation des demandeurs d'emploi, accompagnement des personnes en difficulté, incitations accrues à reprendre un emploi...). Nous attendons également le déploiement des réformes de l'apprentissage et de la formation professionnelle pour améliorer l'employabilité de nos jeunes et de l'ensemble de la population active, mais nous sommes là dans le moyen et long termes.

Perspectives 2019 : Les mesures fortes prises par le gouvernement étaient sûrement nécessaires (10 milliards de pouvoir d’achat redistribués aux salariés et aux retraités). Elles peuvent "booster" potentiellement la croissance. Cependant, nous pouvons craindre que cet argent soit plus épargné que dépensé. Quand la confiance et l'op!misme baissent, l'épargne augmente. Consciemment ou inconsciemment, les ménages intègrent dans leurs comportements que les "cadeaux" financés à crédit seront les impôts de demain.

Parmi toutes ses revendications, des plus légitimes aux plus loufoques, le mouvement des gilets jaunes pose deux bonnes ques!ons : le pouvoir d'achat et le ras-le-bol fiscal. Les deux sont d'ailleurs liées et peuvent en elles-mêmes résumer notre histoire économique des 45 dernières
années. A chaque crise économique nous avons toujours eu la même réponse : on redistribue plus donc on augmente les dettes, les déficits et par conséquence les impôts. De ce fait, on pénalise les activités productives , donc on crée moins de richesses ; alors pour compenser on redistribue plus : le cercle infernal est enclenché...

Nous ne sortirons de la nasse qu'en brisant ce cercle !
Souhaitons que les prochains mois ne débouchent pas sur un immobilisme, fatal à terme, ou sur une surenchère de démagogie dans les débats.... dont nous avons déjà été abreuvés ces dernières semaines. Souhaitons que nous puissions dialoguer dans le respect de l'autre, dans le cadre du droit, de façon réaliste et construc!ve afin de poser les bonnes questions et de tenter d'apporter de vraies réponses....


 "Moins de visibilité pour 2019" 

CPME Isère

Jérôme Lopez, président de la CPME Isère

Bilan 2018 : L’année 2018 restera une bonne année au plan de l’activité économique que ce soit au niveau de l’industrie, du commerce et des services.

Un climat de pleine confiance a régné dans les affaires ce qui semble ne plus être le cas en ce début d’année 2019.

Dans l’industrie, on a constaté une bonne relance des investissements en 2018 et les carnets de commandes avaient une bonne visibilité. Les volumes d’affaires ont augmenté et les marges se sont améliorées. Il a été constaté cependant un arrêt brutal d’activité début décembre et des
reports ou des rallongements des délais de règlements, conséquence peut-être du mouvement des gilets jaunes ?

Au niveau du commerce, l’année 2018 a été plus morose et l’activité est différente selon que l’on parle de commerce de centre-ville ou de périphérie, et selon également la forme de commerce – pe!te surface de proximité ou hypermarché.

De toute évidence, le mouvement des gilets jaunes a fortement impacté et provoqué un ralen!ssement de l’ac!vité commerciale en novembre/décembre. Les barrages implantés aux ronds-points sur des lieux stratégiques ont gravement nuit aux commerces comme à Pontcharra, La Mure ou St-Marcellin pour ne citer que ceux-là.

Les magasins de jouets et de produits culturels ont directement été impactés mais ont pu compenser en partie les pertes subies grâce à leurs sites de vente en ligne. D’ailleurs la progression du e-commerce se poursuit avec des chiffres de l’ordre de +10 %, +15 %.

Perspectives 2019 : Le début d’année s’annonce difficile pour le commerce car il règne un climat d’inquiétude et quand on est inquiet, on consomme moins. La perspec!ve des soldes ne produira pas de changement radical de tendance dans la mesure où les ventes privées ont déjà démarrées et limitent de fait l’ambiance des soldes. Dans l’industrie on a peu de perspectives pour redémarrer 2019 et on constate une forme d’attentisme chez certains gros donneurs d’ordres.

Préoccupations : Dans les sujets d’actualité qui préoccupent les chefs d’entreprise on parlera de la mise en œuvre du PAS où, dès janvier, les entreprises collecteront l’impôt sur le revenu en lieu et place du Fisc avec les répercussions que l’on peut imaginer aisément au sein des PME et
des TPE et notamment les coûts induits pour elles.

Si le redémarrage de l’ac!vité se produit malgré tout, les entreprises seront à nouveau confrontées aux problématiques de recrutements et à leurs sempiternelles difficultés pour arriver à pourvoir leurs offres d’emplois.

Enfin, sur un plan plus macroéconomique, on peut regretter que lors des récentes annonces du Président de la République, le périmètre et le calendrier des baisses d’impôts et de dépenses publiques n’aient pas été dévoilés, alors qu’il s’agit bien là d’une priorité.


"Des perspectives stables pour le 1er semestre 2019"

 

Fédération du BTP Isère

Emmanuel Roy, chargé de mission Technique & Fiscal

Après une progression de près de 5 % en volume en 2017, le Bâtiment au plan na!onal, affiche une croissance de son activité de 2,3 % en 2018. Le logement neuf, habituellement locomotive du secteur, subit un décrochage en termes de mises en chantier atteignant +2,8 % contre 12,8 % il y a un an.

Le seuil des 400 000 unités est tout juste atteint. A l’inverse, le non résidentiel neuf accélère avec une progression de +7,4 % notamment grâce aux segments des bureaux et bâtiments administratifs. En revanche, l’entretien rénovation qui compte pour plus de la moitié de l’activité s’affiche en très légère hausse à +0,8 %. Concernant notre département, l’inertie propre au secteur a porté l’activité une grand partie de l'année. Les logements mis en chantier connaissent à fin octobre un ralentissement, leur croissance n’étant plus que +6,2 %. L’inquiétude est donc de mise d’autant que les logements autorisés subissent déjà la tendance baissière comme sur l’ensemble du territoire na!onal avec -11,2 % sur douze mois glissants.

Les Travaux Publics, en 2018 à l’échelle du territoire national, ont connu une croissance élevée de l’activité, +11,8 %, grâce aux investissements des collec!vités locales, du secteur privé mais aussi des opérateurs publics (projets du Grand Paris Express, plan de relance autoroutier, plan très haut débit…). Cette croissance doit cependant être minimisée car, faut-il le rappeler, le BTP dans son ensemble a traversé une crise sans précédent de huit années consécutives. En Isère, malgré un léger fléchissement à la fin du premier semestre, l’activité des Travaux Publics reste bien orientée.

Perspectives 2019 : En 2019, l’activité du Bâtiment connaitra un atterrissage à -0,5 % en volume résultant d’un premier semestre porté par l’inertie mais d’un second en repli. Ce retournement de tendance sera dû à un recul de 4,5 % du marché du logement neuf, les mises en chantier poursuivant leur repli à un rythme inchangé pour s’établir à environ 377 000 unités. S’agissant des autres grands segments, leur activité continuera à progresser mais à des rythmes moindres avec +3 % pour le non résidentiel neuf et un +0,5 % pour l’entretien rénovation. En ma!ère de Travaux Publics l’ac!vité sera portée par l’investissement des collec!vités locales et territoriales qui, comme en 2018, devrait être en hausse de 3 à 4 % ainsi que par le secteur privé.

Confiance des entreprises :
La situation conjoncturelle du BTP est contrastée, le Bâtiment va être confronté à nouveau à une baisse globale de son niveau d’activité, mais à ce jour les entrepreneurs jugent encore le climat des affaires stable. L’indicateur de retournement INSEE qui le synthétise est d’ailleurs encore en zone de climat conjoncturel favorable. Les mois à venir risquent de fragiliser un peu plus les trésoreries des entreprises. Trésoreries qui n’ont pu encore être reconstituées car même si les prix ont commencé à se redresser, les coûts de production ont de leur côté subi une nette inflation. Pour les Travaux Publics la situation est différente puisque portée par les grands projets, localement le projet de l’A480 et du Rondeau en est un exemple, les prises de commandes devraient continuer à progresser. Les derniers chiffres connus en la matière sont encourageants puisqu’en octobre dernier, sur 12 mois glissants, ils ont augmenté de 19,3 %. Mais comme pour le Bâtiment, cette croissance est à rela!viser car elle s’accompagne aussi d’une forte inflation des matières premières.

Plan de charge des entreprises : A fin décembre les entrepreneurs du Bâtiment jugent leurs carnets de commandes bien garnis estimant qu’ils assurent 7,5 mois de travail oscillant entre 5,5 mois pour les structures de moins de 20 salariés et 12,6 mois pour les entreprises de plus de 200 salariés. Les carnets de commandes des entreprises de Travaux Publics restent constants sur 12 mois glissants se stabilisant à hauteur de 4 mois. Enfin, en 2018, les entreprises de BTP ont créé près de 40 000 emplois, respectivement 30 000 pour le Bâtiment et 10 000 pour les Travaux Publics sur le territoire national.

Cette tendance devrait perdurer en 2019 mais dans de bien moindres proportions. En effet, les entreprises rencontrent de très grandes difficultés de recrutement et ce goulot de production, couplé à des prix encore disputés, ne concourt pas à un apaisement de la situation conjoncturelle.

Préoccupations et faits marquants : 2019, avec le début tant attendu des travaux de l’A480 et du Rondeau, devrait donner de la visibilité aux entreprises de Travaux Publics et générer de l’ac!vité, par un effet de dominos, sur l’ensemble du département. Pour le Bâtiment les nouveaux atermoiements du projet de la loi de Finances dont les détails ne sont pas encore tous connus (arrêtés ministériels à venir) notamment pour le Crédit d’Impôt Transition Energétique, vont une fois de plus perdre le client final, repousser sa prise de décision et de fait la prise de commande. A cela il faut ajouter dans le cadre du prélèvement à la source, la prise en compte pour le calcul du déficit foncier, de seulement 50 % des travaux réalisés en 2018 et 2019 ou des provisions en copropriétés, ce qui va provoquer le report des chantiers non urgents en 2020.

Autre exemple dans le cadre du Projet de loi de Finances pour 2019 qui aurait pu profondément déstabiliser les entreprises de BTP et principalement les entreprises de TP, la suppression envisagée du taux réduit de la taxe sur le GNR (gasoil non routier). Fort heureusement les négociations ont abouti à un abandon de cette mesure.

Au regard des éléments exposés, la Profession dans son ensemble ne peut que déplorer une nouvelle fois les visions "court termistes" du législateur…

L’entrée en vigueur progressive de la Zone de Circulation Restreinte (ZCR) devenue Zone à Faibles Emissions (ZFE) sur une partie de la Métropole risque de pénaliser les 450 entreprises travaillant ou traversant quotidiennement ladite ZBE. En effet, le parc de véhicules des entreprises de BTP ne peut se renouveler en un claquement de doigt et faudrait-il encore pour le faire qu’une offre fiable existe côté constructeurs automobiles en matière de véhicules utilitaires ou poids lourds. Les échéances annoncées sont serrées et les entreprises locales ont besoin de plus de temps pour investir au renouvellement de leur parc.
 

 

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