Conjoncture de la région grenobloise : les organisations interprofessionnelles


"Incertitude et résilience..." 

Medef Isère :

Emmanuel Bréziat, délégué général du Medef Isère

Bilan 1er semestre 2020 : Au préalable je tiens à remercier nos interlocuteurs locaux, les élus bien entendu, mais plus particulièrement les services de l’Etat (Préfecture et Direccte au premier chef) qui ont fait preuve, durant le confinement, d’une qualité d’écoute, d’un professionnalisme et d’une disponibilité remarquables. Les entreprises iséroises ont été formidables : réactivité extrême, reconversion d’outils de production, esprit de solidarité. Masques, blouses, charlottes, tablettes… Nous n’imaginions même pas un tel écho à nos appels aux dons !

Durant cette période le Medef Isère a organisé plus de 40 visios qui réunissaient entre 150 et 200 dirigeants chaque semaine. Les retours de nos adhérents ont été notre meilleur carburant pour traverser ce moment. La qualité du dialogue entre le Medef et le Gouvernement est également à souligner ; nos messages ont été entendus et bon nombre de nos propositions ont été retenues.
Jusqu’à présent, l’Isère est relativement épargnée sur le plan sanitaire et économique. Bien entendu le secteur touristique qui pèse dans notre département, l’hôtellerie, la restauration et l’évènementiel souffrent beaucoup. Mais les entreprises dépendant des secteurs les plus touchés sont moins nombreuses que dans d’autres régions. La diversité de notre tissu économique local est une force.
Sur un plan général, parler conjoncture dans ce contexte économique peut apparaitre presque incongru tant cette crise est inédite, par son ampleur et par sa nature.
Habituellement, les experts s’écharpent dans leurs prévisions de croissance sur le chiffre après la virgule, désormais les estimations oscillent entre 9 et 11 % de récession en 2020. Ces chiffres sont inédits en temps de paix et nous rapprochent de ceux de la seconde guerre mondiale. Bien entendu, les conséquences en seront largement atténuées par l’injection massive d’argent public. Par ailleurs, cette crise ne correspond pas aux crises périodiques du système capitaliste. Elle est exogène ; c’est la première fois que l’on met à l’arrêt l’économie. C’est un facteur d’optimisme, ce n’est pas une crise du système. Si nous le préservons nous repartirons d’autant plus vite.

Qui va payer la facture ?

On estime le coût global de la crise (perte de croissance) à 165 milliards d’euros. 98 milliards pèseront sur nos comptes publics, 3 à 4 milliards sur les ménages et le reste sur les entreprises. Pour le seul second trimestre le coût économique s’élève à 90 milliards d’euros. 56 % de cette somme est supportée par les administrations publiques, 40 % par les entreprises et moins de 4 % par les ménages. Nous n’avions pas d’autres choix que de creuser nos déficits, malgré cela les entreprises vont payer un lourd tribut ; le pouvoir d’achat des ménages a été préservé, essentiellement à travers les conditions très généreuses du chômage partiel.

Quels sont les enjeux actuels ?

Réduire les incertitudes et restaurer la confiance.
Comment sortir d’une situation où les entreprises s’appauvrissent alors que les Français accumulent de l’épargne comme jamais (presque 100 milliards d’euros) ? C’est le noeud gordien de cette rentrée. Le taux d’épargne des ménages a presque doublé (27 % contre 14 % habituellement). Or, on ne peut pas forcer le consommateur à consommer. Dans la mesure où c’est la pandémie qui gouverne, la maitrise de la circulation du virus est vitale pour atténuer les peurs, réduire l’incertitude ambiante et inciter les Français à vivre à nouveau « normalement ».
Nous pouvons sortir de cette crise avec une économie transformée, modernisée, plus compétitive et plus décarbonée. Mais l’enjeu de la préservation de notre tissu productif durant les deux prochaines années est vital. Nous ne retrouverons pas le niveau de PIB « d’avant Covid » avant le dernier trimestre 2022. D’ici là, il faudra permettre aux entreprises viables de passer le cap.
Le gouvernement l’a bien compris, tant dans les mesures d’urgence, globalement proportionnées, massives et adaptées que dans la conception du plan de relance.
Certes nous resterons dans l’incertitude durant plusieurs mois, certes 2021 va être une année compliquée. Mais nous restons confiants. L’ampleur et les effets concrets attendus du plan de relance nous redonnent des perspectives. Ce plan, qui devrait être requalifié « plan d’investissement », est massif, bien orienté, structurant et bien calibré.
La gestion d’une crise sans précédent a certainement révélé nos qualités et mis en sommeil nos défauts. Mobilisation sans précédent pour l’alternance et l’emploi des jeunes, « pas de hausse d’impôt » ; accord européen historique, baisse des impôts de production, compétitivité, investissement dans l’hydrogène, saut écologique historique, agilité extrême de nos entreprises, réindustrialisation de notre pays…. Bref, en toute lucidité, nous pouvons parier sur l’optimisme et être confiant sur la résilience de notre pays.




"Une année aussi imprévisible qu’exceptionnelle !"

CPME Isère

Jérôme Lopez, président de la CPME Isère

Bilan 1er semestre 2020 : Que dire d’une année 2020 aussi imprévisible qu’exceptionnelle en tous points ?

L’année avait pourtant bien démarré dans notre région et l’activité économique était dense quels que soient les secteurs d’activité.

Forcément, la pandémie et surtout le confinement ont mis un coup d’arrêt net à cette situation.

Une fois le choc passé et les inquiétudes gérées, la souplesse et la réactivité de nos PME ont permis de passer ce cap difficile.

Rares sont nos PME qui ont totalement fermé pendant le confinement et celles qui l’ont fait n’ont fermé que quelques jours, le temps de mettre en place les protocoles sanitaires.

Les activités industrielles qui avaient un niveau de commandes élevé avant le confinement ont continué à produire malgré la fermeture de grands sites industriels locaux.

Le secteur du médical a connu une activité soutenue pendant toute cette période et a bien résisté à la crise.

L’alimentaire on le sait a tourné à plein régime même si les magasins de l’hyper centre de Grenoble ont connu des baisses sensibles d’activité, du fait notamment de la mise en télétravail d’un grand nombre de salariés du privé et du public, et les magasins du péricentre ont en revanche connu une progression.

Les comportements des consommateurs ont changé avec la Covid, les ventes internet ont progressé et le click & collect s’est également beaucoup développé, y compris dans des activités nouvelles (vente à emporter pour les restaurants).
Les commerçants constatent depuis la crise sanitaire des passages en caisse moins fréquents, mais des paniers moyens plus élevés.
Forcément les activités liées au tourisme ont chuté au printemps, mais par chance, on sait que la saison estivale a permis dans notre région de rattraper en partie le manque à gagner, à l’exception toutefois des prestations de luxe liées souvent à la présence des touristes étrangers.

Les statistiques du moment envisagent un retour à la situation d’avant Covid pas avant 2022, certes, mais c’est sans tenir compte du risque de redémarrage de l’épidémie.
En cette rentrée, le climat est à nouveau anxiogène et n’aide pas les chefs d’entreprise à retrouver la confiance et la sérénité.
Le port du masque généralisé dans toutes les entreprises n’est pas simple à faire accepter aux salariés, qu’ils soient en atelier ou sur les chantiers. Pour autant, l’épée de Damoclès qui pèse sur la tête des chefs d’entreprise responsables pénalement de la santé de leurs salariés est bien réelle.

De toute évidence, si la crise sanitaire perdure, des entreprises déjà fragilisées avant le confinement, et notamment dans le secteur des services, ne s’en remettront pas et si la reprise économique n’est pas au rendez-vous pour les autres, elles devront malgré tout rembourser, tôt ou tard, les aides consenties par l’Etat au plus fort de la crise et se mettront elles aussi en difficultés.


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