Conjoncture de la région grenobloise : Témoignages des professionnels par secteur d'activité


"Redémarrage partiel"

BTP Isère

Emmanuel Roy, chargé de mission Technique & Fiscal

Bilan 1er semestre 2021 : Une crise en cache une autre… une relance menacée : au plan national le bâtiment connaît un redémarrage partiel. L’amélioration entretien qui représente plus de 58% de l’activité a connu, sous l’effet des dispositifs d’aide à la rénovation énergétique dont MaPrimeRenov’, une progression du volume de chiffre d’affaires de 10% au 1er trimestre 2021 par rapport à 2020 mais ressort très légèrement en deçà des valeurs de 2019.

Il n’en va pas de même pour le neuf, en effet, même si l’individuel progresse nettement avec des mises en chantier et des permis de construire (PC) qui augmentent respectivement de 5% et 10% par rapport à 2019, la tendance est tout autre pour le collectif.

Le redressement des logements commencés en collectif est de 4% par rapport à 2019 mais il ne saurait masquer l’effondrement de 10% des PC auquel il faut ajouter une baisse des ventes et mises en vente des promoteurs, respectivement de – 4% et – 9% entre les premiers trimestres 2019 et 2021.

La crise de production de logements touchant principalement les zones tendues A et B1 à savoir les grandes villes et leur périphérie. Le choc est encore plus violent pour le non résidentiel neuf avec des surfaces commencées qui abandonnent 16% et les surfaces autorisées 22% entre 2019 et 2021.

En Isère, la tendance est sensiblement la même avec des logements commencés et autorisés qui reculent respectivement de 2,2% et 4,6% par rapport à 2019. Les PC pour le logement collectif pur sont au-delà des – 5%. Ce qui montre que l’effet de la crise sanitaire pèse encore sur l’activité

En ce qui concerne les travaux publics, à la fin juin et pour le quatrième mois consécutif, les travaux réalisés au niveau national dépassent ceux de 2019 de 5,5%. La reprise enclenchée semble vouloir se consolider, mais malgré ce frémissement le niveau des marchés conclus reste faible. La prise de commandes se redresse légèrement + 7,8% par rapport à juin 2020 toutefois elle reste dégradée en comparaison à 2019. Le premier semestre se termine à -17,3% par rapport au premier semestre 2019. Pour notre département la situation est plus contrastée, certes l’activité s’est accélérée au deuxième trimestre mais le niveau d’appels d’offres est encore faible oscillant entre – 15% pour les EPCI et -33% pour les communes par rapport à 2019. Certaines entreprises ont encore recours à l’activité partielle.

Perspectives fin 2021 : La lecture des prochains mois est difficile, en effet, les trésoreries des entreprises se sont légèrement améliorées avec la reprise globale de l’activité du premier semestre mais pas les marges. Depuis l’automne 2020 les matériaux ont connu des hausses de prix sans précédent générant des coûts de production historiquement très élevés. Cette envolée des prix est à coupler avec les difficultés d’approvisionnement, la Chine, l’Asie du Sud Est et les Etats Unis faisant main basse sur les matériaux pour relancer leur économie au sortir de la crise sanitaire. Les conséquences de cette prise de position à l’échelle mondiale sont catastrophiques pour certains métiers du BTP allant jusqu’à contraindre des entreprises Iséroises à commander des matériaux sans en connaitre le prix exact ni le délai de livraison.

Cette situation engendre pour le secteur, sous la pression d’une concurrence très forte, une nouvelle tension sur les prix.

Suite à la reprise ou un retour à un volume d’affaires correct, les effectifs ont augmenté pour l’ensemble du BTP avec la création de 43 200 postes dans le bâtiment et une hausse de 2,6% du nombre de compagnons pour les Travaux Publics à l’échelle nationale sur un an. Mais cette hausse de l’emploi connaît déjà ses limites puisque les entreprises peinent toujours à recruter et les goulots de production pour manque de main d’oeuvre sont à nouveau impactants.

La chute du traitement des PC liée aux confinements, principalement le premier, commence à faire ressentir son effet et le trou d’air redouté par la Profession se traduit progressivement dans les chiffres.

Le nombre d’appels d’offres reste encore bien inférieur à 2019 et pour les entreprises de Travaux Publics cela vient accentuer une saisonnalité des travaux de plus en plus prégnante. Les TP ont besoin que l’activité soit lissée sur l’année afin de retrouver une visibilité nécessaire à leur pérennité.
Pour le bâtiment, l’inertie du secteur permet de conserver des carnets de commandes corrects allant de six à dix mois pour les PME selon leur taille mais leur progression par rapport à 2020 est seulement de 1%.

Cette très faible progression reflète parfaitement le manque de traitement des dossiers de PC. En matière de Travaux Publics, les carnets de commandes atteignent difficilement les 3 mois alors qu’en juillet 2019 ils se positionnaient au-delà des 4 mois, la tension sur les prix risque encore de s’accentuer.

Préoccupations et faits marquants : L’entrée en vigueur de la RE2020 (Réglementation Environnementale des bâtiments neufs) au 1er janvier pour le logement et au 1er juillet 2022 pour le tertiaire entrainera des surcoûts induits mais également l’envolée des prix et la pénurie des matériaux sont autant d’éléments qui devraient pousser les entreprises du BTP à augmenter leur prix pour conserver leurs marges de manœuvre.

ZFE : la concertation avec la Métropole de Grenoble a repris suite à la création d’un groupe de travail porté par la CCI regroupant l’ensemble des acteurs économiques. Ce n’est plus seulement la Fédération du BTP qui alerte la Métropole et les services de l’Etat sur l’infaisabilité technique et calendaire de la mise en place de la ZFE mais l’ensemble de l’économie Iséroise. Les entreprises comme l’industrie automobile, conscientes depuis longtemps de la nécessité d’améliorer la qualité de l’air ont besoin de temps pour s’adapter et répondre au mieux à ces nouvelles exigences, le message a été transmis… à suivre.
 



"L’économie est repartie, la consommation redémarre et les entreprises vont bien"


Fédération bancaire française

Arnauld André, président du Comité Local des Banques de l'Isère

Bilan 1er semestre 2021 : La période est plus sereine avec une sortie de crise proche et le sentiment reconnu que les banques ont vraiment « fait le job ».

Plusieurs constats positifs peuvent être partagés :

• La stratégie mise en oeuvre par l’État de protection de l’économie des conséquences de mesures prises pour protéger les populations et consistant en la compensation de perte de chiffre d’affaires par des aides a fonctionné même si elle a coûté cher. Le coût est estimé entre 77 Mds et 160 Mds en 2020 si on considère uniquement les aides directes d’Etat ou l’ensemble. Le tissu économique, l’emploi, les moyens de production ont souffert mais ont survécu,

• Les indicateurs de reprise sont très bons (consommation, activité) avec le cercle vertueux de l’enthousiasme et de la confiance. La reprise est en V. Le facteur limitant tient à des limites matérielles de circuits d’approvisionnement et de difficultés de recrutement (qui étaient déjà une réalité avant la crise et se sont amplifiées) dans certains secteurs,

- Il n’y a pas de difficultés systémiques à affronter.
- ni mur de dette car l’augmentation de la dette des entreprises est très proche de l’augmentation de leur trésorerie ;
- ni mur de faillite, car les dispositifs de l’Etat avaient pour objectif d’éviter les faillites et non de les retarder. Il y aura toutefois un rattrapage des faillites qui auraient dû se dérouler en 2020 comme chaque année.

Les banques feront donc valoir toute l’utilité du modèle de banque à la française dans les territoires, en proximité dans une relation personnelle, pour voir s’il y a besoin d’ajuster au niveau micro économique le soutien aux entreprises et participer de la façon la plus intelligente possible et efficace aux procédures collectives et mesures de traitement exceptionnels. Les entreprises ont eu un accès préservé aux financements bancaires.

À fin mai 2021, le taux de croissance annuel des crédits bancaires aux entreprises s’établit à +4,5%. C’est moins spectaculaire qu’en 2020 du fait de l’effet de base lié aux PGE mais cela reste à +15,4% par rapport à la situation un an auparavant. Surtout, la France connaît toujours une croissance plus dynamique que la zone euro (+1,5%), avec des taux beaucoup plus favorables pour les emprunteurs (taux moyen de 1,23% contre 1,75% appliqués aux PME).

Le montant des encours de crédits s’élève à 1.204 milliards d’euros à fin mai, dont :
• 820 milliards d’euros de crédits d’investissement en progression de 4,8% sur un an,
• 317 milliards d’euros de crédits de trésorerie en augmentation de 3,0% sur un an.
Le prêt garanti par l’Etat (PGE) a ainsi été rapidement et massivement déployé : plus de 663.000 entreprises en ont bénéficié pour un total de 136,6 milliards d’euros. Dans la région Auvergne Rhône Alpes, ce sont 90 768 entreprises qui en ont bénéficié pour 15,6Md€ et en Isère ce sont 14 092 entreprises pour 2,24Md€. Aujourd’hui le risque majeur réside toujours dans la possible déconnexion entre le calendrier macroéconomique de retrait des aides et celui propre à chaque entreprise du retour du chiffres d’affaires. A ce titre, l’effort des banques ne sera pas relâché pour être encore plus utiles en sortie de crise, dans une relation personnalisée.

Pour 2022 et au-delà, les banques sont confrontées aux mêmes défis que de nombreuses entreprises :
faire face aux mutations profondes des usages clients (notamment liées à la numérisation de la relation commerciale), répondre aux attentes croissantes d’utilité sociale, accompagner la transition énergétique pour leurs activités comme pour celles de leurs clients.

En plus de ces enjeux communs, elles ont leurs propres défis qui impactent la manière dont elles peuvent accompagner la relance économique : le contexte de taux bas, les évolutions réglementaires qui pourront impacter l’octroi de crédits et l’influence d’une concurrence de plus en plus protéiforme de nouveaux acteurs (notamment sur les paiements) qui affectent la rentabilité des activités.

Face à ces défis, le soutien des régulateurs et des banques centrales s’est déjà montré déterminant et sera une des clés de réussite.

 

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