Conjoncture de la région grenobloise : Témoignages des professionnels par secteur d'activité


« 2020, l’année électorale qui avait pourtant bien commencée… »

BTP Isère

Emmanuel Roy, chargé de mission Technique & Fiscal

Bilan 1er semestre 2020 : Après un début d’année plutôt bien orienté pour l’ensemble du BTP, l’arrivée de la crise sanitaire a subitement stoppé la Profession dans son ensemble.

A l’annonce du confinement, suivi des déclarations pour le moins déplacées de Muriel Penicaud, Ministre du Travail, à l’égard du BTP, la Profession via son organisme de prévention l’OPPBTP a su se mobiliser en un temps record pour élaborer le guide de préconisations sanitaires afin que les chantiers puissent redémarrer au plus vite.

Dès la mi-avril, les premiers chantiers retrouvaient de l’activité malgré les difficultés d’approvisionnement en matière d’EPI (masques, gel…). A quelques exceptions près, en lien avec la prise en charge des surcoûts COVID, l’ensemble du secteur de la construction a fait preuve d’une grande solidarité dans cette phase de reprise.

Il faut également souligner la mise en place du fonds de solidarité et du PGE qui auront permis en partie aux entreprises de palier cette période dépourvue de facturation. Il en va de même avec le décalage des échéances fiscales.
Cependant, le report du 2nd tour des élections municipales va créer, à n’en pas douter, un effet ciseaux avec son contingent de projets repoussés, annulés et, plus généralement, de prises de décisions largement décalées. L’ensemble de la Profession à « l’instant T » est très inquiète.

En effet, la période de confinement a engendré un trou d’air sans précédent en matière de dossiers de permis de construire et d’appels d’offres ; les premiers ne pouvant être instruits et les seconds n’étant pas publiés. La cassure est présente et ses effets se feront lourdement ressentir dès le 4e trimestre de cette année ainsi que sur le 1er de 2021.

Les derniers chiffres du secteur illustrent parfaitement cette situation. Les logements commencés, encore portés par l’inertie, enregistrent sur douze mois glissants à fin juillet une baisse de 1,8 %. En revanche les logements autorisés chutent de 16,5 %. Le cumul sur les trois derniers mois est beaucoup plus révélateur de ladite situation, en témoignent les logements autorisés qui plongent de 47,7 %.

Concernant les Travaux Publics, la tendance baissière est également très marquée. L’activité en valeur sur l’ensemble de la Région AURA a décroché de 38 % et le nombre de lots attribués atteint -52 % pour le 2nd trimestre par rapport à 2019. Sur douze mois glissants à fin juin, l’Isère perd 15 % en valeur et 21 % en volume. La période d’arrêt de l’activité liée au confinement ne sera pas rattrapée, voire se verra accentuée au 4e trimestre faute de volume. D’ores et déjà, les entreprises pensent avoir recours à l’activité partielle sur ladite période.

Les carnets de commandes du Bâtiment, notamment pour le gros-oeuvre, qui oscillaient entre 8 et 15 mois en début d’année, sont aujourd’hui à hauteur de 8 mois pour les entreprises les mieux loties. En matière de Travaux Publics, le ralentissement de l’activité est clairement ressenti dès à présent puisque les carnets de commandes atteignent péniblement les 1,5 à 2 mois.

Globalement, le manque de dossiers engendre une incertitude qui devrait accentuer la concurrence et un retour à des niveaux de prix très disputés.

Perspectives fin 2020 : Toutefois, malgré toutes les difficultés actuelles, suite à l’annonce du Gouvernement du plan de relance qui porte de grandes ambitions, la Profession souhaite rester optimiste pour les mois à venir.
Les 7 milliards d’euros d’aides supplémentaires pour la rénovation énergétique du parc existant remettent le Bâtiment à sa juste place au sein de l’économie française, et les entreprises sont prêtes à relever ce défi.
Cependant, l’oubli de la construction neuve qui représente 50 % de l’activité interroge la Profession. Certes, il y a les 300 M€ pour la densification, mais une relance par la demande avec un desserrement des conditions d’accès au crédit aurait été de bonne augure. Il en va de même pour l’investissement locatif avec la fin prochaine du Pinel… Les investisseurs ont besoin de retrouver rapidement de la visibilité.

Enfin, l’ouverture à tous les foyers de MaPrimeRénov’ au 1er janvier prochain mettra fin à des années d’instabilité des dispositifs d’aides, ce qui est une très bonne chose pour nos entreprises et les ménages.
Les Travaux Publics devraient également retrouver des couleurs, les infrastructures vertes étant le coeur battant de ce plan de relance pour les territoires. Tous les ingrédients semblent aujourd’hui réunis pour une relance de l’activité des Travaux Publics au sein de la stratégie d’investissement du Gouvernement avec 100 milliards d’euros et une place non négligeable pour les infrastructures dédiées au transport, à l’eau ou encore à l’énergie. Seul bémol, l’absence de mesures fortes d’incitation à l’investissement local.

Au-delà de l’effet d’annonce, la Profession, qui devra faire le dos rond à minima jusqu’à cette fin d’année, attend des actes et de la réactivité, de l’échelon national jusqu’au bloc communal. Il est urgent d’agir vite !




« Un optimisme de début d’année contrarié par la crise sanitaire »


Fédération bancaire française

Arnauld André, président du Comité Local des Banques de l'Isère

Bilan 1er semestre 2020 : L’année 2020 s’annonçait sous de très bons auspices avec une situation géopolitique qui s’était un peu apaisée, des échanges mondiaux toujours soutenus, un marché de l’immobilier dynamique et une consommation intérieure de bon niveau. Cela aura tenu un peu plus d’un mois avant que l’idée d’une crise sanitaire ne commence à affecter la confiance des acteurs économiques. Le confinement quasi mondial et surtout asynchrone entre les pays a assombri significativement ce tableau. La mise à l’arrêt quasi immédiat de l’économie en France mi-mars a généré son lot d’incertitudes et ses conséquences sur les fondamentaux de l’économie.

Des chiffres S1 2020 en berne mais une reprise fortement enclenchée aujourd’hui
Sur le plan économique, selon l’INSEE la baisse du PIB aura été de -18,9% sur le premier semestre 2020 et les prévisions se précisent autour d’une baisse du PIB de -9% sur l’année, soulignant que les plus forts effets de la crise sont déjà en partie derrière nous.
En attendant les emplois pâtissent déjà lourdement de la baisse du PIB avec un recul de -2,3% (715 000 emplois détruits en France) au premier semestre 2020 vs 2019. En Isère la situation est dans la même tendance que les chiffres nationaux car sur le premier trimestre 2020, l’INSEE notait déjà une baisse de -1,1% du nombre d’emplois en rythme annuel et -2,2% de trimestre à trimestre.
Pour autant l’horizon est porteur d’espoir. En effet, l’INSEE n’attend pas une dégradation plus significative de l’emploi d’ici fin 2020 et la reprise de l’intérim (+23% du T1 au T2), même si elle signifie plus de fragilité, est un signal déjà très positif.

Des banques mobilisées à la première heure et désormais attelées à l’accompagnement de la relance
Dès les premiers jours de la crise sanitaire, les banques se sont mobilisées pour accompagner les entreprises et les ménages confrontés aux turbulences. Cela a pris notamment la forme d’un report des échéances des crédits professionnels ou immobiliers et du maintien des concours bancaires. Elles ont réalisé un pontage de trésorerie nécessaire pour faire face aux chutes de chiffre d'affaires grâce aux Prêts Garantis par l’État (PGE), un produit qui n'existait pas au 15 mars et qu’elles sont parvenues à distribuer à environ 600 000 entreprises en quelques mois.

En Isère, ce sont 11 480 entreprises dont plus de 90 % de TPE qui ont bénéficié de 1,85 Md€ de PGE. Pendant la période de confinement, les banques ont tenu plusieurs réunions hebdomadaires sous le patronage du Comité Local des Banques (FBF locale) pour partager sur les pratiques permettant d’assurer un service suffisant en matière de financement des entreprises, d’approvisionnement en cash, d’accueil des clients et plus généralement de continuité de services. Elles ont également très régulièrement échangés avec les services de l’Etat comme avec les représentants du monde économique comme la CCI mais aussi le MEDEF, etc.
Ce dialogue permanent donne aux acteurs économiques le temps d’agir sans d’attendre. En effet, il est d’ores et déjà important que les entreprises, qui ont bénéficié de mesures de soutien et/ou qui anticipent des besoins d’investissement comme de trésorerie, se rapprochent de leurs partenaires financiers pour adapter et anticiper l’accompagnement.

Nous disposons en Isère, comme partout en France, d’une industrie bancaire solide dont la proximité (près de 500 agences dans le département) est une des particularités et une des forces. Les banques sont donc présentes au plus près du terrain afin d’accompagner leurs clients pour relancer la consommation, investir et aider à faire face aux éventuels besoins de trésorerie.

 

« La profession est moyennent pessimiste pour les mois à venir »

FNAIM Entreprises :

Sylvain Michalik, président Isère

Bilan 1er semestre 2020 : Avec une baisse du CA d’environ 40 % à 45 % sur le 1er semestre, les perspectives pour fin 2020 sont plutôt négatives. Si l’activité semble repartir, c’est sur un rythme moindre que l’an passé. La perte d’activité du 1er semestre ne se rattrapera pas. Nous pouvons donc prévoir un atterrissage à fin 2020 avec une baisse d’environ 20 % sur l’ensemble de l’année… Au regard de la situation économique actuelle, la profession est moyennent pessimiste pour les mois à venir.

Préoccupations et faits marquants : De mars à mai, la Covid-19 a provoqué l’arrêt des transactions locations/ventes d’immeubles tertiaires et d’activités (CA en recul de près de 70 % sur la période).

Perspectives fin 2020 : Avec un ralentissement de l’activité et des commandes en diminution, beaucoup de nos clients ont mis leurs projets en stand by… Du coup, le volume de nos affaires potentielles est en baisse. La contrainte d’une vague de licenciements provoquerait la libération de nombreuses surfaces qui alimenteront un stock de locaux vacants déjà important. Nous pouvons imaginer que seuls les bâtiments de qualité demeureront attractifs et que le seconde-main va être à la peine…


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