Témoignages - Les organisations interprofessionnelles


"Une conjoncture favorable et des risques réels"  

Medef Isère :

Emmanuel Bréziat, délégué général du Medef Isère

Bilan 1er semestre 2019 : Permettons-nous, tout d’abord, un bref retour en arrière. En 2014, Pierre Gattaz lançait le fameux "1 million d’emplois". Derrière ce slogan, l’ancien Président du Medef se risquait à dire que les entreprises françaises étaient capables de créer, en 5 ans, un million d’emplois si nous mettions en œuvre les réformes et les allégements de charges qui avaient été très précisément formulés par le Medef. Bien entendu, cette démarche a été abondamment caricaturée et raillée. Et bien, 5 ans plus tard, nous y sommes. Les entreprises françaises ont créé en 5 ans plus de 900 000 emplois alors même que moins de 40 % des réformes proposées à l’époque ont été mises en oeuvre, et alors même que les embauches pourraient être bien supérieures si nos entreprises trouvaient les compétences qu’elles recherchent.

Moralité : quand on allège les charges et que l’on simplifie la vie des entreprises, cela marche !

Concernant la conjoncture présente, elle est favorable et équilibrée dans ses composantes. Nous parviendrons probablement à un taux de croissance de 1,4 % en 2019. Cette croissance est portée par la consommation et l’investissement des ménages. Les 17 milliards d’euros de pouvoir d’achat distribués après la crise des "gilets jaunes" viennent en grande partie alimenter les livrets A, mais une part se reporte sur la consommation. Et puis surtout, l’investissement des entreprises se maintient sur de bons niveaux.

Préoccupations : Les risques sont cependant réels. A court terme, le Brexit et la guerre commerciale entre la Chine et les Etats-Unis sont les principaux risques externes. Le risque cyclique n’est pas non plus à négliger. Certains économistes considèrent qu’à la faveur, en particulier, de la politique des taux bas, les cycles auraient disparu. Nous ne partageons pas cette analyse.

Nous sommes dans une situation inédite dont personne ne sait comment nous en sortirons. Le "deal" initial entre la BCE et les Etats européens était le suivant : "je mène une politique de taux bas pour vous permettre de conduire des réformes structurelles et de réduire les déficits". Certains pays se sont inscrits dans cet esprit-là et d’autres, dont nous sommes, ont traduit : "les taux bas me donnent des marges qui me permettent d’éviter de réduire mes dépenses".

Notre niveau d’endettement devient une bombe à retardement et de ce point de vue, la réforme des retraites est fondamentale. Sur 100 € de dépenses publiques, les dépenses sociales représentent 50 €, et au sein de ces dépenses sociales les retraites représentent 25 €. L’équilibre financier de notre système de retraite représente un enjeu majeur.

Nous serons également attentifs à la mise en œuvre de la réforme de l’assurance chômage qui, nous l’espérons, devrait permettre de faciliter la reprise d’emploi. Les difficultés de recrutement restent en effet une préoccupation majeure des chefs d’entreprise. Enfin, nous avons reçu des garanties du Ministre de l’Economie sur la trajectoire de baisse de l’IS et sur les allègements de charges au-dessus de 1,6 SMIC, ce qui constitue une bonne nouvelle.

En Isère, la situation économique est bonne. A l’exception du commerce de centre-ville et des difficultés de certaines enseignes de la grande distribution, tous les secteurs connaissent un bon niveau d’activité.

A noter qu’historiquement notre département bénéficiait d’un taux de chômage inférieur d’au moins 1 point à la moyenne nationale. Cet écart a disparu après la crise de 2008 qui a abouti en Isère à la perte de beaucoup d’emplois industriels. Or, nous connaissons à nouveau un taux de chômage inférieur d’un point à la moyenne nationale, ce qui illustre la bonne dynamique économique de notre département.




 "Un climat d’affaires serein et des chefs d’entreprise qui gardent le moral ?" 

CPME Isère

Jérôme Lopez, président de la CPME Isère

Bilan 1er semestre 2019 : Dresser un premier bilan de l’activité économique sur le département pour 2019 n’est jamais chose facile à réaliser car selon les secteurs, les avis divergent forcément.

On peut affirmer cependant que l’industrie iséroise a connu au cours du 1er semestre 2019 une activité soutenue que ce soit dans l’industrie lourde, les TP, l’investissement machines, l’outillage ou la robotisation. Sur ce dernier secteur, on considère que le plan d’action pour l’industrie du futur, mis en place par le Gouvernement en septembre 2018, a eu des effets très positifs.

La perspective des échéances électorales en mars prochain semble accélérer aussi le lancement de travaux d’investissements au sein des collectivités.

En revanche, l’industrie de série essentiellement liée au secteur automobile souffre car le marché de l’automobile est en pleine mutation et pendant que les entrepreneurs français gardent le moral, il semblerait que les chefs d’entreprise allemands dépriment.

L’automobile a cependant enregistré une très bonne activité sur le premier semestre en termes de ventes de véhicules neufs et d’occasion, certainement la conséquence de l’arrêt de la prime à la casse, mais également l’anticipation de la hausse des bonus-malus annoncée pour 2020 sur les moteurs à forte émission de CO2.

Dans ce contexte, les activités de recrutements et d’intérim se portent bien même si les difficultés pour les entreprises de trouver du personnel qualifié perdurent et que l’on déplore un manque de personnel sur les niveaux intermédiaires.

Les commerçants ont eux subi en début d’année les conséquences des mouvements des Gilets Jaunes et ont enregistré une baisse de fréquentation les samedis, en partie compensée par une fréquentation accrue les vendredis après-midi, voire les dimanches matins dans certains secteurs.
La consommation augmente dans les supermarchés de proximité - centre-ville et périphérie - malgré la concurrence d’enseignes spécialisées sur certains produits.

La fréquentation des hypermarchés continue à baisser et la tendance va être à la diminution des m2 de surfaces de vente.

La canicule de cet été n’a pas favorisé la consommation et a eu un effet négatif sur les soldes, de même que la baisse de fréquentation de la clientèle asiatique qui vient habituellement profiter des montagnes.
Les travaux en centre-ville de Grenoble ont également un impact négatif sur le commerce.

Préoccupations : S’agissant des points de vigilance, les commerçants sont confrontés à une réelle baisse de pouvoir d’achat des consommateurs et à une montée en puissance, toujours, des achats sur internet.

Les industriels quant à eux doivent rester vigilants car les périodes de croissance ont pour effet de tendre les trésoreries et donc d’augmenter les délais de règlement.
Vigilance aussi du fait de la fin du CICE et du calendrier annoncé pour la baisse des charges patronales venant en compensation.


"Des difficultés de recrutement persistantes"

 

Fédération du BTP Isère

Emmanuel Roy, chargé de mission Technique & Fiscal

Bilan 1er semestre 2019 : L’activité en Métropole a encore été portée par l’inertie propre au Bâtiment mais le logement neuf ne cesse de décrocher, en glissement annuel sur 5 mois à fin mai, les logements commencés et les permis de construire ayant reculé respectivement de 4,9 % et 6,9 %. La tendance est similaire en Isère avec une baisse de 3 % pour les logements mis en chantier et 4,6 % pour les logements autorisés. Concernant les Travaux Publics la situation au 1er semestre est différente puisque portée par les grands projets comme le Grand Paris : la croissance reste solide avec une hausse de 10,3 % par rapport à l’année précédente. En rythme annuel la hausse de l’activité atteint désormais 11,2 %. En Isère, malgré un très léger fléchissement en fin de semestre, l’activité reste bien orientée.

Perspectives 2020 : Après trois années de hausse d’activité au niveau national, le chiffre d’affaires du Bâtiment devrait connaitre un léger repli en 2019 : - 0,7 % en volume. Cette quasi stabilité est due en grande partie à la bonne tenue du non résidentiel. L’entretien-rénovation, après un début d’année difficile lié aux diverses modifications du Crédit d’Impôt Transition Energétique (CITE), devrait retrouver de la stabilité avec une clientèle qui souhaitera engager des travaux avant la fin du dispositif sous sa forme actuelle. En Isère, la prudence est de mise car contrairement à l’ensemble de la Métropole, le non résidentiel n’a pas joué son rôle d’amortisseur avec une chute des locaux autorisés atteignant -25 % sur 12 mois glissants à fin mai. Les Travaux Publics devraient conserver une bonne dynamique, toujours sous l’effet du Grand Paris et, localement, des travaux de l’A480 et de ceux à venir du Rondeau.

Globalement, les entreprises de Bâtiment ont connu une progression de leur chiffre d’affaires depuis le début de l’année mais elles sont encore fragiles. En effet, les niveaux prix se redressent légèrement (+2,2 %) mais les coûts progressent toujours plus rapidement (+ 2,4 %), donc les marges se détériorent pour le 2e semestre consécutif. Concernant les Travaux Publics, malgré un volume d’affaires en progression depuis plusieurs mois, les prix restent encore trop bas. L’activité, sujette à une forte saisonnalité, ne concourt pas à une visibilité à long terme. Le climat des affaires reste donc disputé, aussi bien en marchés publics que dans le privé. Les trésoreries poursuivent leur effritement.

Pour le Bâtiment, les carnets de commande s’établissent en moyenne à 7,5 mois de travail mais ils varient de 4 à 12 mois selon la taille des entreprises et reculent de 0,6 % sur un an. Les carnets de commandes des entreprises de Travaux Publics se stabilisent à 4 mois en moyenne depuis un an. Il est à noter les grandes difficultés de recrutement des entreprises de BTP créant un goulot de production pour insuffisance de personnel.

Préoccupations et faits marquants : En juin dernier, le discours de politique générale du Premier ministre a eu l’effet d’une bombe pour le BTP : annonce de la fin de la "déduction forfaitaire spécifique" alors que la Profession commence à peine à se relever de très longues années de crise. L’abattement de 10 %, relatifs aux frais professionnels qui existe depuis 1931, serait supprimé ce qui aura pour conséquence de diminuer le salaire net des compagnons et d’augmenter l’assiette de cotisation. Ce jeu de "passe-passe", sous couvert de justice sociale, est perçue par les entreprises de BTP comme une entourloupe qui cache un calcul budgétaire pour financer la baisse d’impôts sur le revenu de 5 Md€ promise à l’issue du grand débat. La suppression de la déduction se chiffrerait pour le BTP à 1,35 Md€. Ajoutée à la fin du GNR (Gasoil non routier), 900 M€, cela revient à exiger de la Profession qu’elle finance pour moitié la baisse d’impôt ! Pourquoi, le premier réflexe des pouvoirs publics, dès qu’un secteur d’activité retrouve une dynamique positive, est-il de le matraquer ?
Le début des travaux de l’A480 et les prochains relatifs au Rondeau devraient contribuer à la bonne tenue de l’activité pour les Travaux Publics.

Evénements majeurs :
Fin du CITE, dans sa version actuelle qui muera vers une formule plus restrictive en 2020, avec de nouveaux critères et des travaux éligibles à nouveau changés. Une nouvelle fois, à n’en pas douter, cette situation va créer de l’attentisme chez le client final et repousser le démarrage de l’activité d’entretien-rénovation au cours du 1er semestre 2020.

Les échéances de la mise en place de la ZFE sur la Métropole vont causer de gros problèmes de renouvellement de parc aux entreprises qui possèdent des poids lourds et notamment en 2020 et 2022 avec respectivement l’interdiction sur le périmètre des vignettes Crit’Air 4 et 3. Le BTP aura besoin d’un peu plus de temps, afin de pouvoir travailler dans de bonnes conditions sur le territoire métropolitain.
 

 

Contact

Observatoire économique
observatoire.eco@grenoble.cci.fr

Téléchargements


Zoom

Actualités