Témoignages - Les organisations interprofessionnelles


"Une conjoncture favorable et des signes de ralentissement"  

Medef Isère :

Emmanuel Bréziat, délégué général du Medef Isère

Bilan 2019 : En Isère, la situation économique est correcte dans la plupart des secteurs et les difficultés de recrutement restent la préoccupation majeure des chefs d’entreprises. Le marché immobilier a connu une très belle année avec des volumes de transactions très soutenus. Le bâtiment a également connu une année meilleure que prévue. Ces deux secteurs bénéficient directement des taux bas. Les travaux publics sont également portés par les chantiers importants, en cours dans la région grenobloise. Les industries du numérique, très présentes sur notre territoire, conservent un volume d’activité très soutenu.

La situation du commerce est assez contrastée. La grande distribution est confrontée à une remise en cause profonde de son modèle. Les hypermarchés en particulier sont condamnés à se réinventer. Le commerce indépendant de centre-ville est également fragilisé.

La situation de l’industrie est correcte avec une reprise salutaire des investissements. Cependant la plupart des industriels se préparent à un ralentissement de l’activité en 2020 ; plusieurs le vivent déjà. Cette baisse d’activité est notamment effective pour les entreprises présentes à l’international et les marchés liés à l’automobile devraient souffrir en 2020. Dans le bâtiment et les travaux publics la tendance est également baissière.

Après avoir subi de plein fouet la crise de 2008, la dynamique économique de notre département est à nouveau meilleure que celle constatée au niveau régional et national. Cela se traduit notamment par un taux de chômage inférieur d’un point à la moyenne nationale.

A noter également que notre attractivité touristique se développe et nous avons encore un potentiel à exploiter dans ce domaine. Les acteurs de l’économie de la montagne ont une formidable capacité d’initiatives, malheureusement souvent entravée par des réglementations devenues ubuesques.

D’un point de vue global, l’économie mondiale est clairement dans une phase de ralentissement, qui pourrait s’accélérer si les tensions géopolitiques venaient à s’aggraver. Notre économie, malgré sa relative résilience, sera inévitablement impactée. C’est pourquoi nous pensons que la croissance sera en 2020 inférieure aux prévisions gouvernementales établies à 1,3 %. L’investissement des entreprises va ralentir, après une forte hausse en 2019 (+ 4 %) et plus de 280 000 emplois nets créés dans le privé. Reste à savoir si la consommation des ménages prendra le relais. Théoriquement elle devrait augmenter compte tenu de la forte hausse du pouvoir d’achat apportée par les entreprises et les mesures gouvernementales, mais rien n’est moins sûr. En effet ce surplus de pouvoir d’achat est surtout épargné. Le taux d’épargne des ménages est au plus haut depuis 2012 (15 % de leur revenu disponible brut).

L’impact des mouvements sociaux sera surtout géographique (Ile de France) et sectoriel (commerce, hôtellerie-restauration, événementiel…), et devrait rester limité sur le plan macro-économique. A noter que ces mouvements concernent quasi exclusivement des « poches traditionnelles » du secteur public. Le niveau de conflictualité dans le secteur privé n’a jamais été aussi faible depuis 50 ans… Méfions-nous du prisme médiatique !




 "Nos chefs d’entreprises de PME et de TPE sont et resteront encore en 2020 d’incorrigibles optimistes !" 

CPME Isère

Jérôme Lopez, président de la CPME Isère

Bilan 2019 : En ce début d’année 2020, la CPME Isère a interrogé ses adhérents ressortissants dans trois domaines d’activité : la sous-traitance industrielle, le commerce et l’immobilier d’entreprise.

Au niveau de l’industrie, les conditions d’activité favorables en 2018 qui se sont poursuivies début 2019, ont permis de passer l’année 2019 avec un courant d’activité soutenu. En revanche, les entreprises qui travaillent en lien avec le secteur automobile, et plus particulièrement pour la fabrication des moteurs diesel, sont impactées par la déstructuration du marché de l’automobile.

Les services R&D des grands donneurs d’ordres de l’agglomération grenobloise ont, pour la plupart, été délocalisés en Chine, ce qui entraîne inévitablement une perte d’activité pour les sous-traitants. Les fournisseurs d’acier et d’aciers spéciaux connaissent une baisse d’activité et malgré cela les prix des matières premières augmentent.

Parallèlement, il semblerait que les conditions d’octroi des crédits d’investissement et de trésorerie de la part des banques soient plus restrictives. Le démarrage de la nouvelle année force nos chefs d’entreprise de PME et de TPE à garder un certain optimisme, mais il est important d’être vigilants quant aux signaux faibles. Après avoir subi le mouvement des Gilets Jaunes début 2019, on ne peut passer sous silence les conséquences des mouvements sociaux liés à la réforme des retraites en ce début d’année 2020. De même qu’en matière de politique étrangère, l’évolution des relations internationales entre les Etats-Unis et l’Iran aura forcément des conséquences sur le plan économique.

Début 2019, le commerce du centre-ville de Grenoble a, quant à lui, été touché de plein fouet par le mouvement des Gilets Jaunes et il redémarre l’année 2020 avec les manifestations liées à la réforme des retraites. La météo du mois de décembre n’ayant pas été très favorable et les conditions de déplacement ayant été très difficiles, les clients se sont plutôt rabattus sur les centres commerciaux situés en périphérie des villes. Les soldes commencent à nouveau dans un contexte peu apaisé qui va forcément aggraver la situation déjà fragile de certains commerçants. L’ouverture d’une grande surface le dimanche après-midi sur Saint Martin d’Hères interpelle à la fois en termes de sécurité mais aussi et surtout au plan sociétal. Dans cet environnement pesant, le e-commerce continue de progresser ainsi que le « click & drive ».

L’immobilier d’entreprise constitue également un bon indicateur de l’activité économique en général. Dans ce domaine, 2019 a été une année dynamique et les taux d’intérêt historiquement bas ont poussé les chefs d’entreprise de PME à investir afin de devenir propriétaires de leurs locaux professionnels. En Isère, le marché de l’immobilier est stable et plutôt dynamique et les taux d’intérêt devraient rester bas en 2020. En revanche, les coûts de construction et de foncier augmentent depuis plusieurs années ainsi que les normes qui contribuent à complexifier ces métiers. Il est probable qu’un certain nombre de projets immobiliers vont être décalés dans le temps, compte tenu des élections municipales en mars 2020 ainsi que la mise en application du PLUI.

Les professionnels de l’immobilier, comme d’autres professionnels dans d’autres secteurs d’activité, sont malheureusement de plus en plus confrontés à la multiplication des recours devant les tribunaux sitôt qu’un projet émerge.
Malgré tout cela, nos chefs d’entreprises de PME et de TPE sont et resteront encore en 2020 d’incorrigibles optimistes !

Belle et Heureuse année à toutes et à tous.


"Le contexte économique reste porteur pour le Bâtiment en 2020"

 

Fédération du BTP Isère

Emmanuel Roy, chargé de mission Technique & Fiscal

Bilan 2019 : A l’échelle nationale le Bâtiment affiche en 2019 une modeste hausse de 1,2 % en volume. Le logement neuf a légèrement progressé en atteignant les 408 000 unités mais le bilan est contrasté. En effet, pour l’individuel, les permis de construire (PC) et les mises en chantier progressent respectivement de 1,9 % et 0,3 % . En revanche le logement collectif fait le plongeon : les ventes chutent de 20 %, le recul des PC s’établit à hauteur de 10,4 % et les mises en chantier chutent de 5,7 %. Le marché de l’entretien-rénovation quant à lui reste quasiment stable à +0,2 % en volume malgré un très mauvais premier trimestre.

Sur notre département, la situation est également contrastée puisque les mises en chantier ont oscillé tout au long de l’année entre, au plus fort -16,3 % et au mieux -4,7 %. Par contre, de leur côté les PC, après un mauvais départ, finissent l’année avec un prometteur + 25,7 % sur douze mois glissants à fin novembre.

Pour les Travaux Publics au plan national, l’année 2019 est marquée par un rattrapage des niveaux d’investissement du bloc communal (Métropole et EPCI) après un début de mandat plombé par la baisse des dotations de l’Etat. Cette dernière année de cycle voit les dépenses d’investissement logiquement augmenter de manière significative pour atteindre +8,5 %. A fin octobre, l’activité progresse de 12,5 % en cumul et la croissance devrait avoisiner les 10 %. En Isère, en 2019 l’activité reste positive malgré une légère tendance baissière de l’activité à l’automne dernier.

Perspectives 2020 : En 2020, le Bâtiment devrait bénéficier d’un contexte économique encore porteur, la croissance tous secteurs confondus passant de 1,4 % à 1,2 %. L’activité subira tout de même un léger « tassement /ralentissement » avec une prévision à +0,8 % perdant 0,4 % par rapport à 2019. Les mises en chantier de logements neufs, malgré un marché du crédit toujours attractif, atteindront tout juste les 400 000 unités. Si le non-résidentiel en 2019 a contribué à la bonne tenue de l’activité avec une progression de 5,1 % en volume, en 2020 son influence sera moindre avec là-aussi un tassement attendu qui se traduit par une progression à hauteur de 2,8 %. Enfin, le marché de l’entretien-rénovation sera soumis à des vents contraires. En effet, au cours du premier semestre 2020, les effets d’anticipation de la réforme du CITE donneront de l’inertie et donc encore un volume intéressant, mais la transformation dudit CITE en prime difficilement lisible et moins solvabilisatrice devrait assoir sa progression à hauteur de 0,9 %.

Concernant les Travaux Publics, pour 2020 les incertitudes sont fortes car l’échéance des élections municipales se profile déjà pour les entreprises, l’activité n’échappera pas à ce traditionnel coup de frein qui est un impondérable de la Profession. Toute la question de l’éventuel maintien de l’activité repose sur une continuité de l’investissement lors des premiers mois du nouveau mandat. La bonne santé financière affichée par les collectivités conjuguée à une nécessaire volonté politique le permettront-elles ? Deux facteurs oeuvrent en ce sens, non seulement les fondamentaux financiers des collectivités très sains mais également les besoins criant sur l’ensemble du territoire, mobilité, numérique, transition écologique… Enfin, les départements seront en année pré-électorale et devraient continuer à investir. La Profession table sur un scénario de maintien du volume d’activité au niveau national pour 2020.

La grande question est celle des prix et des coûts, donc des marges dans le BTP. On peine toujours à lire une véritable amélioration en ce domaine. Les données officielles en témoignent, montrant une forme de course difficile des prix du BTP derrière la hausse des coûts. Les premiers courriers de révision annuelle des prix des matériaux reçus par les entreprises annoncent des hausses, parfois sévères. Dans le même temps, la suppression progressive du Gasoil Non Routier (GNR) et la suppression de la réduction de l’avantage Fillon associé à celle de la Déduction forfaitaire spécifique (DFS) viendront elles aussi peser à la hausse sur les coûts de production. Pour que les entreprises conservent leurs marges de manoeuvre, voire renforcent leur capacité à résister à ce choc exogène, les prix du BTP devront augmenter. A défaut serait introduit un nouveau risque dans l’économie, au travers d’entreprises un peu plus fragilisées.

A fin décembre, les entreprises de Bâtiment jugent leurs carnets de commande bien étoffés estimant qu’ils assurent 7,2 mois de travail oscillant 5,1 mois et 12 mois selon leur taille. Pour les Travaux Publics, sous l’effet des élections municipales à venir, les carnets de commande fléchissent légèrement pour s’établir à hauteur de 3,7 mois après plusieurs trimestres passés à plus de 4 mois.

En termes d’emploi, à l’échelle nationale, 2019 s’avère de bonne teneur pour le Bâtiment avec un peu moins de 35 000 postes créés dont environ 30 000 en CDI. Malgré une progression des effectifs se heurtant à la disponibilité de main-d’oeuvre, 2020 devrait encore afficher la création de 10 000 postes. Les Travaux Publics auront de leur côté généré la création de 10 000 postes en 2019 et 2020 devrait s’inscrire dans la même dynamique.

Le début espéré des chantiers du Rondeau et de Neyrpic contribueront à n’en pas douter au maintien d’un bon niveau de l’activité et donneront de la visibilité aux entreprises de BTP.

Préoccupations et faits marquants : La ZFE reste une préoccupation majeure des entreprises du BTP, d’autant que depuis ce début d’année, les véhicules « Crit’Air 4 » sont interdits et les « Crit’Air 3 » le seront en 2022. L’année 2022 sera une échéance très importante puisqu’elle entrainera le renouvellement de près de la moitié des parcs poids lourds des entreprises, ce qui à ce jour s’avère impossible.
 

 

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